reflexion trouvé sur l’exellent blog d’une camarade de la fac d’arts d’amiens et aussi amie :
Madame P., Monsieur S.,
Bien que je ne mette pas du tout d’espoir dans une résolution du problème que je vais vous soumettre, je ressens le besoin de vous faire partager mon sentiment face à une situation à laquelle vous ne pouvez peut-être rien changer dans l’immédiat.
Depuis hier, ma faculté est bloquée. Notons que, dans l’université, nous ne sommes pas les premiers touchés, ce qui reste un mystère pour moi, étant donné le titre de cette faculté. Mais, peu importe, ma faculté est bloquée. Une large majorité parmi les personnes présentes à l’assemblée générale a voté ce blocage. Seulement voilà, ma faculté est petite, elle ne dispose que d’un tout petit amphithéâtre et, bien que nous ne soyons pas nombreux, nous sommes plus de 200 étudiants et seuls un peu plus de 200 étaient présents. Contrairement aux idées reçues, la présence à une assemblée générale n’est pas seulement une question de volonté individuelle. Cette présence dépend également de la volonté des organisateurs. Quant à un débat contradictoire dans une assemblée générale étudiante, ne comptez pas dessus (en tout cas, pas dans mon université), c’est impensable.
La présidence de l’université nous informe, par site internet interposé, qu’elle ne souhaite pas organiser de vote à bulletin secret « afin de ne pas s’immiscer dans l’organisation interne des assemblées générales étudiantes ». Pour vous faire sourire, il est bon de replacer ce communiqué dans son contexte politique. Le président de l’université, ancien doyen d’une des facultés, soutenait les blocages lors de la crise dite du CPE… Or, il est clair que des votes à bulletin secret débloqueraient la majorité des composantes de mon université.
La lutte politique, puisqu’il s’agit bien de cela, menée par certains étudiants depuis plusieurs semaines, s’accentue. Vexés d’avoir vu Nicolas Sarkozy monter les marches de l’Elysée, ils sont heureux de s’offrir quelques jours voire quelques semaines de vacances alors que les partiels approchent. Que proposent-ils pour améliorer leur propre quotidien ? Le statu quo ! « Pas de sélection à l’entrée en master », quand des quasi-illettrés obtiennent une licence. « Pas d’autonomie des universités », quand elles n’ont même pas l’argent pour équiper d’une nouvelle caméra une faculté de cinéma. Espérons que tout cela ne soit dû qu’à un mauvais dosage de leurs hormones et à la fin de leur crise d’adolescence.
En attendant, le blocage des facultés est une injustice de plus. Les étudiants ayant le plus de difficultés à s’intégrer au système universitaire sont conduits à l’échec par cette soudaine coupure et l’incertitude quotidienne sur la tenue, ou non, des cours. Les moins bons, qui s’en sortiraient peut-être par un rythme universitaire maintenu à sa normale, sont conduits à l’abandon. La motivation, élément très important d’une réussite minimale à l’université, disparaît complètement de certains esprits quand, en moins de trois ans, leur faculté est bloquée deux fois par les mêmes extrémistes n’assistant que dans leur minorité aux cours.
Les bloqueurs diront qu’ils ont validé leur année lorsqu’ils avaient imposé des vacances à leurs camarades lors du CPE. Oui, puisque les bloqueurs, eux, étaient motivés par leur action aussi militante que stupide. Sans compter la complicité évidente née entre certains professeurs et certains bloqueurs durant cette période…
Les bloqueurs pensent-ils une seule seconde à tous ceux qui, coupés dans leur élan d’intégration au système, ne reprendront pas les cours quand leur faculté sera débloquée, et sortiront de là avec une impression d’échec personnel ? Non. Pensent-ils une seule seconde à ceux qui, passant des concours dès le mois de juin (parfois même avant), se verront peut-être obligés de choisir entre une épreuve d’un concours payé et un partiel, car ceux-ci pourraient être retardés ? Non. En revanche, ils pensent probablement à leurs vacances actuelles, à leurs cris de sauvages contre une réforme dont ils n’ont pas compris l’intérêt, à leur impression d’être enfin des adultes quand ils manifestent.
Qu’est-ce qu’un étudiant en grève, sinon un non-sens ? Qu’est-ce qu’une université bloquée, sinon une absurdité ?
Faire des études, pour certaines familles, est un véritable sacrifice. Vous n’êtes pas sans savoir que l’attribution des bourses dans notre pays est particulièrement injuste (bien que vous ayez cette année poursuivi, si ce n’est accentué, cette injustice). Est-il juste de laisser ces familles galérer pour que leurs enfants n’aient pas accès à leurs cours ?
La réforme de l’Université est plus qu’indispensable. Mais les syndicats étudiants, essentiellement composés de militants de gauche voire d’extrême gauche, ne le comprendront pas. La pédagogie est inutile. La négociation est impossible, puisque les bloqueurs demandent l’abrogation pure et simple de la loi. Alors qu’attendez-vous ? Qu’attendez-vous pour enfin réformer ce dinosaure ? Pour lui permettre d’être autre chose qu’une solution de deuxième choix pour les élites ? Pour qu’elle ait le droit de ne pas accepter sur ses bancs ceux qu’elle est sûre de voir échouer ?
Pourquoi devrions-nous sacrifier un semestre, une année, des concours, un job d’été, alors que nous ne voulons que le droit de préparer notre avenir ? Pourquoi des militants politiques ont-ils le droit de nous imposer ces sacrifices ? De quel droit se posent-ils en porte-paroles de tous les étudiants ?
Non, ils ne préparent pas mon avenir par leurs luttes passéistes. Peut-être se préparent-ils, pour une partie d’entre eux, un avenir politique dans les partis d’extrême gauche. Mais devons-nous tous subir leurs caprices pour autant ?
Débloquez les facultés, laissez-nous libres de choisir de préparer notre avenir sur les bancs de l’université si nous pensons que c’est là que nous devons être. Mais n’oubliez pas de changer ces bancs, afin de les rendre plus efficaces.
Je vous prie d’agréer, Madame P., Monsieur S., l’expression de ma haute considération.
Cécilie
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le 15.11.2007
Sacrés étudiants.
Vu à la télévision : « le vote à bulletin secret n’est pas valable pour nous. On considère que ceux qui ne viennent pas aux A.G. ne font même pas l’effort de s’informer. »
Entendu à la fac : « à propos de la loi sur l’autonomie, réunions d’information aujourd’hui, demain et lundi ! » [quelques dizaines de minutes plus tard, autour d’une table, les organisateurs préparent leur discours] « nous demandons que… […] il faut dire aussi qu’on ne peut pas laisser passer ça, tu veux le formuler comment ? »
Dans une salle de cours : « je trouve important que vous, en tant qu’étudiants, fassiez l’effort de vous informer dans des réunions comme celle-ci. »
Depuis quand le militantisme est une forme d’information ? Les étudiants ne sont-ils pas capables d’acheter et de lire un journal sérieux, d’aller consulter le texte de loi sur Internet, de se faire une opinion par eux-mêmes avant d’avaler les discours syndicalistes ?
Les étudiants français seraient donc si incapables, incultes et formatés qu’on le dit…
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